Le shibari pour débutants : cordes, nœuds et sécurité
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Le shibari associe technique, esthétique et confiance. Mais avant le premier nœud, il y a quelques règles de sécurité que toute personne qui attache ou se fait attacher devrait connaître par cœur.
Le shibari fascine par sa beauté : des cordes qui dessinent le corps, des gestes lents, une profonde complicité entre celui qui attache et celui qui est attaché. Justement parce qu’il semble simple, il est facile de le sous-estimer. Les cordes peuvent comprimer des nerfs et des vaisseaux sanguins, et une erreur banale peut laisser des séquelles pendant des semaines. Voici par où commencer.
Qu’est-ce que le shibari
Shibari est un mot japonais qui signifie « ligature ». En Occident, on l’emploie, souvent avec kinbaku (« ligature serrée »), pour désigner l’art japonais d’attacher avec des cordes, qui s’inspire d’anciennes techniques d’immobilisation et est devenu au fil du temps une pratique érotique et esthétique. Certains le vivent comme un jeu BDSM, d’autres comme une expérience sensuelle ou méditative, d’autres encore comme une forme d’art à photographier ou à mettre en scène.
Celui qui attache est souvent appelé rigger, celui qui est attaché rope bottom ou, plus affectueusement, bunny. On distingue ensuite les ligotages au sol, où la personne reste appuyée sur le sol, et les suspensions, où elle est soulevée entièrement ou en partie. Pour les débutants, seuls les premiers existent.
Choisir ses cordes et en prendre soin
Les cordes traditionnelles sont en fibre naturelle. Le jute est le plus utilisé : léger et offrant une bonne tenue aux nœuds, il doit toutefois être traité et assoupli avant usage. Le chanvre est plus robuste et un peu plus lourd, et devient souple avec le temps. Tous deux donnent la sensation rugueuse et chaude typique du shibari.
Pour s’entraîner, beaucoup choisissent des cordes synthétiques. Le coton est doux et bon marché, mais il a tendance à s’allonger et ses nœuds se resserrent sous tension, devenant difficiles à défaire. Les cordes synthétiques en multifilament sont lavables et résistantes, mais glissantes : si on les fait coulisser rapidement sur la peau, elles peuvent provoquer des brûlures par frottement.
Le diamètre le plus courant est d’environ 6 millimètres. La longueur classique va de 7 à 8 mètres, avec quelques cordes plus courtes, autour de 4 mètres, pour compléter les ligotages. Pour commencer, quatre ou cinq suffisent. Mieux vaut éviter les cordes de quincaillerie : elles sont souvent rigides, rugueuses ou traitées avec des huiles et des substances non prévues pour le contact avec la peau.
Conservez les cordes au sec, enroulées sans les serrer, à l’abri de l’humidité et des sources de chaleur. Avant chaque utilisation, vérifiez-les sur toute leur longueur : des fibres cassées, des points amincis ou effilochés sont une bonne raison de les mettre de côté. Les fibres naturelles ne se lavent pas facilement : si une corde entre en contact avec des fluides corporels, il est plus prudent de ne pas l’utiliser avec d’autres personnes.
Les règles de sécurité à connaître par cœur
Avant même les nœuds, il y a quelques règles qui ne souffrent aucune exception :
- Des ciseaux de sécurité toujours à portée de main : ceux à bout arrondi, utilisés aussi dans le domaine médical, qui coupent la corde sans blesser la peau. Ils doivent être près de vous, pas dans une autre pièce.
- Jamais de cordes autour du cou, même lâches ou juste pour la mise en scène : il suffit d’une glissade ou d’un malaise pour qu’elles deviennent dangereuses.
- Pas de suspensions sans une formation sérieuse, avec des enseignants expérimentés et des points d’ancrage adaptés. Cela ne s’apprend pas dans une vidéo.
- Une personne attachée ne reste jamais seule, pas même une minute. Si vous devez vous éloigner, détachez-la d’abord.
- Ni alcool ni substances, ni pour celui qui attache ni pour celui qui est attaché.
- Les cordes ne doivent pas trop serrer, surtout sur le thorax, où elles peuvent gêner la respiration : vous devriez pouvoir glisser un doigt entre la corde et la peau.
- Entraînez-vous à détacher rapidement, et pas seulement à attacher : en cas de problème, chaque seconde compte.
Une bonne habitude consiste à commencer par le ligotage le plus simple, autour d’un seul poignet ou d’une seule cheville, en apprenant à le faire de façon qu’il ne se resserre pas tout seul quand on tire dessus. C’est la base sur laquelle tout le reste se construit.
Nerfs et circulation : les signaux à ne pas ignorer
Le risque le plus courant dans le shibari n’est pas une chute, mais la compression d’un nerf. Certaines zones sont particulièrement délicates : la face externe du haut du bras, le coude, les poignets et la zone externe juste sous le genou. Là, les nerfs passent près de la peau, et une corde mal placée peut les endommager même sans provoquer de douleur.
C’est pourquoi, pendant le ligotage, on vérifie souvent les mains : la personne attachée serre les doigts de celui qui attache, bouge les pouces, ouvre et ferme les poings. On observe la couleur et la température de la peau. Et la personne attachée signale immédiatement toute sensation étrange, sans attendre qu’elle passe.
Attention aussi aux chutes de tension : une personne qui reste longtemps attachée debout peut se sentir faible ou s’évanouir. Si elle pâlit, a des sueurs froides ou dit avoir la tête qui tourne, aidez-la à s’asseoir ou à s’allonger et détachez-la.
Parlez avant de l’état de santé : problèmes de circulation, diabète, problèmes articulaires, traumatismes récents, médicaments qui fluidifient le sang. En cas de doute, demandez conseil à un médecin avant d’essayer.
Communiquer avant, pendant et après
Le shibari est un dialogue. Avant de commencer, on convient des limites, des zones du corps à éviter, de la durée et des signaux : le safeword et un signal non verbal, au cas où la personne attachée ne pourrait pas parler. Pendant, on vérifie souvent, avec des questions simples : « comment vont tes mains ? », « quelle couleur ? ».
Les cordes peuvent susciter des émotions fortes, agréables ou inattendues. La personne attachée peut se sentir vulnérable, être émue ou avoir besoin de s’arrêter sans savoir expliquer pourquoi, et c’est très bien ainsi. Après la séance, consacrez quelques minutes à l’aftercare : détacher calmement, vérifier les marques des cordes, boire un peu d’eau, vous raconter comment ça s’est passé. Les marques disparaissent généralement en quelques heures ou en un jour ; si elles persistent longtemps ou font mal, c’est un signal d’alarme.
Apprendre avec des cours et des groupes
Les vidéos sont utiles pour réviser, mais elles ne peuvent pas vous corriger. Un enseignant voit comment vous tirez la corde, où vous la placez et à quel point vous serrez, et vous arrête avant qu’une erreur ne devienne une habitude. Dans de nombreuses villes européennes, il existe des cours, des écoles et des soirées de pratique partagée, où l’on apprend en groupe et dans un environnement encadré.
Choisissez ceux qui parlent de sécurité et de consentement avant d’esthétique, qui vous font longuement travailler les bases et qui ne vous poussent pas trop tôt vers les suspensions. Pour vous familiariser avec les nœuds, vous pouvez aussi vous entraîner sur un coussin ou sur votre propre jambe, avant d’attacher une autre personne.
Sur Corda Rossa, une catégorie est consacrée au bondage : vous pouvez y chercher des personnes près de chez vous avec qui vous entraîner ou suivre un cours. Parlez-en longuement dans le chat du site et convenez des limites et des signaux avant de vous voir : celui qui prend la sécurité à la légère en paroles la respectera difficilement les cordes à la main.